Au Liban, l’Œuvre d’Orient aide les populations "menacées de déracinement"

Liban_Œuvre_Orient_aide_populations_menacées_déracinement

L’Œuvre d’Orient, association qui soutient les chrétiens de la région, poursuit sa mission d'aide auprès des populations du Sud-Liban grâce au déploiement de convois humanitaires. Elle participe également au financement de divers projets pour tenter de maintenir une présence dans les villages, comme ce fut le cas avec l'espace sportif à Aïn Ebel. Après un premier échange en juin dernier, InfoChrétienne s’est de nouveau entretenu avec Vincent Gelot, responsable du bureau Liban et Syrie de l’Œuvre d’Orient, afin de faire le point sur la situation des chrétiens. 

InfoChrétienne : L’Œuvre d’Orient poursuit son aide auprès des populations du Sud-Liban, notamment dans les villages chrétiens frontaliers d’Aïn Ebel, Debel et Rmeish. Quand votre dernier convoi humanitaire a-t-il eu lieu et quelle situation avez-vous découverte sur place ?

Vincent Gelot : Le 12 septembre, j'étais dans cette zone. La situation est difficile car nous sommes face à une population qui vit depuis trois ans dans un contexte de guerre. Les villages n'ont pas été détruits, sauf Debel, en partie détruit et occupé par l'armée israélienne. Les gens sur place n'ont pas de travail car tous les villages alentour ont été détruits, donc il n'y a pas d'activité économique.

Ce qui nous inquiète aussi fortement, c'est le départ annoncé de la FINUL en 2027. Elle joue un rôle capital pour le Sud-Liban : elle assure une présence auprès des populations civiles et permet notamment des escortes pour les déplacements humanitaires et civils. Nous ne savons pas comment les populations vont pouvoir rester et comment les organisations humanitaires vont pouvoir maintenir leur aide dans ces régions.

InfoChrétienne : Est-il aujourd’hui difficile d’accéder à ces villages du Sud-Liban ? Avez-vous déjà été empêché de passer ou confronté à des contrôles des autorités israéliennes ?

Vincent Gelot : L'accès est très variable. Ces derniers mois, nous sommes parfois arrivé dans des zones de combats. Beaucoup de convois se sont bien passés et on a pu rentrer le soir, d'autres fois, on a attendu des heures pour que la situation se clarifie. Il y a plusieurs acteurs : l'armée israélienne, la FINUL et parfois l'armée libanaise, qui donne aussi son veto. Ça dépend des semaines et de la situation sécuritaire.

InfoChrétienne : L’Œuvre d’Orient a récemment participé, avec le détachement français de la FINUL, au financement d’un espace sportif à Aïn Ebel afin de redonner de l’espoir aux enfants. Au-delà de cet objectif, ce projet sert-il aussi à donner aux enfants et à leur famille des raisons de rester et de construire leur avenir sur place ?

Vincent Gelot : Nous avons pu ouvrir et inaugurer cet espace le 12 septembre avec le soutien de la municipalité d'Aïn Ebel et de la paroisse maronite. Cet espace va permettre aux jeunes de rester ici. Notre défi pour ces villages, c'est de maintenir une masse critique d'habitants parce que si les villages se vident, notamment pour trouver du travail, parce que la situation devient invivable ou qu'il n'y a plus d'école, les maisons seront occupées par les parties militaires prenantes. C'est un vrai défi. Cette zone sportive doit participer à cet effort pour garder les habitants sur place. L'Œuvre d'Orient a aussi financé l'ouverture de la piscine municipale d'Aïn Ebel cet été pour permettre aux jeunes d'avoir des activités. Il n'y a pas d'espace de loisirs pour eux sinon.

Ce qui est important au-delà de cela, c'est de leur rendre visite. Pour eux, nous sommes le cordon ombilical qui les relie à l'extérieur. Même si nous mettons parfois une journée pour arriver, ça leur montre qu'ils comptent pour nous. Cette présence au Sud-Liban est importante pour tout le pays. Elle assure une présence des Libanais dans cette région occupée. C'est aussi une Terre sainte, traversée par le Christ et ses apôtres. Tous les chrétiens du monde, d'une certaine façon, sont rattachés à cette terre.

Il est anormal qu'une telle population soit menacée de déracinement dans l'ignorance.

InfoChrétienne : Combien de chrétiens vivent encore aujourd’hui à Aïn Ebel, Debel et Rmeish ? Craignez-vous qu’à terme certains de ces villages puissent perdre une grande partie, voire la totalité, de leur population chrétienne ?

Vincent Gelot : Le nombre d'habitants dans les trois villages dépasse les 7 000 personnes. Cet été, nous avons reçu une bonne nouvelle : a priori, le nombre d'habitants a augmenté dans les villages car tous les habitants déplacés depuis le début de la guerre ont du mal à vivre à Beyrouth. Beaucoup sont donc retournés au village car il est moins cher de vivre là-bas. Si la situation actuelle se prolonge et s'aggrave, le risque serait que ces habitants quittent la zone à moyen et long terme.

InfoChrétienne : En ce mois de septembre, quelle est la réalité des écoliers ?

Vincent Gelot : Elle est très compliquée et incertaine car, au Liban, beaucoup de gens craignent qu'il y ait un troisième round de guerre. Il y a une incertitude sécuritaire, politique et économique. Il est capital de continuer à soutenir le tissu éducatif, en particulier chrétien, car beaucoup d'établissements s'adressent aux populations modestes et pauvres, aux Libanais de toutes confessions. Ce tissu permet à des lieux de dialogue et de paix de continuer d'exister au Liban pour construire l'avenir de ce pays.

Maintenir les écoles en vie est aussi difficile. L'Œuvre d'Orient soutient à Aïn Ebel une école tenue par la congrégation religieuse des Sœurs des Saints-Cœurs, une école qui comptait plus de 900 élèves et qui n'en compte cette année que 190. Beaucoup d'élèves sont déplacés ou ont quitté le pays. Si l'école ne fonctionne pas, le village va mourir. Il est donc capital de la maintenir.

InfoChrétienne : Lors de notre dernier entretien, en juillet, vous aviez accueilli avec "espoir" l’accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran (incluant le front libanais), tout en restant très prudent sur ses effets à long terme. Depuis, les frappes israéliennes au Liban se sont poursuivies. Comment les Libanais vivent-ils cette situation qui semble ne jamais prendre fin ?

Vincent Gelot : Au Liban, nous sommes habitués aux fausses bonnes nouvelles. Les Libanais sont pragmatiques. La guerre se poursuit et la situation sur place ne s'est pas améliorée. Oui, le cessez-le-feu a permis qu'il n'y ait plus de frappes israéliennes sur Beyrouth. Elles se concentrent désormais dans la partie sud du pays. Une partie des déplacés a donc pu rentrer chez elle.

Mais le Liban va très mal. Le pays traverse une crise économique très profonde et très dure. L'inflation est très forte depuis plusieurs mois et il y a un accroissement de la pauvreté. Tout le système social, de santé et d'éducation est impacté. La guerre se poursuit et le sud du Liban vit une véritable occupation de la part de l'armée israélienne. Les villages sont détruits. Les combats se poursuivent entre l'armée israélienne et le Hezbollah. C'est encore une fois la population qui est prise en étau par cette guerre.

Propos recueillis par Mélanie Boukorras

Crédit image : Facebook / L'Œuvre d'Orient

Dans la Rubrique International >



Les nouvelles récentes >